Déjà un mois à Minsk…

Voilà, demain ça fera un mois que je suis partie… Le temps s’est comme suspendu. Je ne saurais pas dire si ça fait six mois ou une semaine que je suis là, le temps n’a pas de durée ici. Les semaines défilent à une allure folle et en même temps, c’est comme si j’étais là depuis des mois…

Le rythme de travail s’est beaucoup intensifié depuis une semaine. La période de rodage est terminée; on rentre dans le vif du sujet! Pour demain, nous avons 5 études à préparer (dont 3 collectives). Sans compter toutes les autres matières, c’est juste pour la technique du comédien!

Ici, les choses ont pas mal bougé. La semaine dernière, les premières tensions ont commencé à se ressentir dans le groupe. Eh oui, la magie du début n’opère que quelque temps, après, on rentre dans la réalité de ce que c’est la vie en collectivité. Cela demande beaucoup de patience, de vigilance et de tolérance mais aussi de capacité à se dire des choses qui ne font pas forcément plaisir. Du coup, nous avons mis certaines choses au clair et on commence à trouver une vraie énergie de groupe, petit à petit. Le groupe, c’est comme une entité à part entière, il a ses jours avec, ses jours sans, ses forces et ses faiblesses dans son fonctionnement. Mais c’est dans le conflit que l’expérience devient réellement intéressante, car il nous amène à nous poser des vraies questions et à prendre des décisions. C’est un équilibre subtile à trouver entre le respect de chaque individu, et les concessions que chacun doit faire au profit de l’intérêt général. Mais je trouve que dans notre master classe il y a beaucoup d’envie et de bienveillance; les principaux ingrédients pour que la recette soit réussie.

On a enfin eu Lidia Alexéevna Monakova, le maître de théâtre de tous nos autres profs… On attendait ce moment avec une grande impatience, et on a préparée son arrivée avec une certaine excitation…On avait préparé la table rouge; c’est un rituel qui consiste à dresser une table rouge que nous décorons nous même différemment à chaque venue de Lidia. Cette table symbolise la recherche de l’harmonie, le soin apporté à la beauté de chaque instant que nous devons chercher dans notre art… en tout cas si j’ai bien compris, car les explications de notre cher directeur Fabrice étaient quelque peu folkloriques! Nous n’avons pas été déçus de cette rencontre! Cette femme a une orra surprenante. On dirait que ses yeux rentrent dans chaque personne pour y voir bien plus que ce qu’on ose montrer. Elle est exigeante, passionnée, passionnante et semble profondément bienveillante. Elle inspire beaucoup de respect et en même temps, je me sens en confiance face à elle. Et surtout, son énergie est tellement contagieuse qu’en sortant de son cours, beaucoup n’avaient q’une envie: travailler encore et toujours plus. Pour illustrer son propos, elle nous a dite une phrase de la Bible, en précisant qu’elle se concentrait sur son sens humain et pas sur la religion: « Plus tu donnes, plus du reçois. » Nous sommes plusieurs à nous êtres sentis très inspirés par cette phrase tellement vraie. Alors, comme elle nous y a invité, on va donner notre temps, notre énergie, notre volonté et tout ce que nous avons de meilleur en nous.

Ce qui nous interpelle également dans le travail, c’est que les professeurs sont souvent très peu enthousiastes à ce qu’on choisisse d’aborder sur scène des sujets tels que le suicide, la drogue, le viol et tout ce qui peut être malsain ou extrêmement violent dans le monde… Ici, nos professeurs défendent « le théâtre de la lumière ». Les professeurs nous disent: « quel message voulez vous faire passer? La vie est dure, mais est ce cela que vous voulez dire au monde? Ne pensez pas à la mort, vous êtes en vie… Pourquoi raconter tout cela sur scène, quelle en est l’utilité? »  Cela est parfois un peu déstabilisant et peut donner l’impression d’une censure ou d’une volonté de nier la réalité de notre monde… Car l’art peut permettre parfois de dénoncer, au risque de choquer… Mais les professeurs ne nous disent pas de ne pas parler de la violence, de ce qui est sombre et dur, mais de savoir pourquoi on en parle. Il est inutile de choquer gratuitement s’il n’y a pas un message nécessaire à faire passer à travers cela. Cette approche me parle beaucoup.

Sinon, nous avons la confirmations que les Biélorusses sont fous, et j’en suis ravie. Pour vous donner quelques exemples de leur folie, nous attentons un événement qui s’appelle le Mdjaï… C’est un cours qui peut survenir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit (mais plus souvent vers 4h du matin, sinon ça n’est pas drôle…) et qui sert à nous rappeler qu’un comédien doit TOUJOURS être disponible… Donc ça dure deux heures et nous nous recouchons pour nous relever et enchaîner sur une journée de cours, bien entendu! On ne sait pas quand Mdjaï va arriver, mais on se tient prêts…

L’autre jour, en cours de plastique (ou expression corporelle), nous avons présenté une étude collective sur le thème du sacrifice. Cette étude a plu à notre prof qui a aussitôt eu l’idée (ne me demandez pas pourquoi…) d’aller tirer notre cher directeur de son lit pour le sacrifier sur le champs, dans son pygama. Puis notre professeur Sergueï nous a suggéré de nous faire des petites blagues entre masteriens, nos propres Mdjaï en quelque sorte. Nous pourrions par exemple, nous a-t-il dit, nous mettre d’accord entre nous pour se donner rendez vous à 4 ou 5 heures du matin pour sacrifier quelqu’un qui ne serait as au courant… Quelle bonne idée! Ce n’est pas tombé dans l’oreille de sourds… mais il sera encore plus drôle de prendre pour victime… des professeurs! Ainsi, le contre Mdjaï est en train de s’organiser!!!

Nous avons fait hier un filage de toutes les études que nous avons préparées depuis le début devant Igor et Serguei les deux professeurs de TC (technique du comédien). C’est une première étape du travail qui s’achève. Après avoir travaillé sur l’incarnation d’animaux et d’objets, nous allons bientôt passer à des improvisations et interactions humaines.

Bon, je vais sur ce aller faire le ménage et travailler jusqu’à la fin de la journée, comme tous les dimanches! Ah oui, dernière nouvelle un peu folklorique à vous raconter: Nous devons suivre un traitement préventif contre la galle, car il y a une possibilité de contamination… Donc on doit tous laver absolument tout notre linge, (ce qui équivaut à faire tourner la machine à laver non stop pendant 24 heures) et s’enduire d’une crème puis ne pas se laver les deux prochains jours. Et nous n’irons sans doute pas au RTBD pour les cours d’acrobaties demain matin, on devra rester au cottage… Moi je n’y crois pas trop à cette histoire de galle, mais bon, tout de même, mieux vaut prévenir que guérir et être tous mis en quarantaine pendant deux semaines!!!

Dasvidania!!! (qui veut dire au revoir. Je commence à déchiffrer tant bien que mal le russe et à baragouiner quelques mots!)

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