Concert à Grodno

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« La carrière du docteur Raus »

L’homme est petit mais ses idées sont grandes. On porte tous la flamme du divin en nous; encore faut-il avoir la force d’en faire quelque chose.

La pièce relate le parcours de Francysk Skaryna, jeune Docteur, rêvant d’universaliser la lecture en langue russe des textes saints grâce à l’imprimerie. Pendant des années, il traverse la Pologne, l’Allemagne, et bien d’autres pays d’Europe à la recherche d’un mécène; un voyage qui aura raison de lui, pas de son oeuvre.

Ce qui m’a beaucoup touché dans « La carrière du docteur Raus », c’est que ce jeune homme, sans prétentions, malgré les échecs et le rejet des gens puissants de tous horizons, continue pendant des années son voyage dans l’espoir de trouver quelqu’un qui portera la même envie de progrès, une évidence pour lui. L’espoir et la détermination, c’est tellement beau. La pièce m’a beaucoup appris sur l’histoire des pays de l’Est et sur tous les conflits absurdes qui les ont déchiré – parfois, je me dis que le temps et l’espace n’y changent rien – , une histoire qui se réécrit sans cesse… Skaryna, sorte de Gutemberg-vagabon, n’a pas agi pour la célébrité, n’a pas été découragé par la répression et la bêtise des gens de pouvoir: il s’est battu pour sa création, devenue indispensable à l’homme. Il a vécu pour quelqu’un chose de plus grand que lui, comme un vrai héros.

J’étais très émue à la fin du spectacle, en pensant à tous ces gens rejetés par leur époque mais adoubés par l’Histoire de l’humanité. Même s’ils ont échoué de leur vivant, je crois que la vie c’est ça, peu importe le résultat, il faut toujours se battre pour défendre ce qui nous tient vraiment à coeur. Même si le monde est contre nous, si on ressent que c’est juste dans son coeur, il ne faut pas abandonner. La force divine est en nous. J’espère pouvoir me battre pour de grandes choses dans ma vie, aider à soigner le monde, souder l’humanité et apaiser un peu l’âme de l’homme et de la nature, chacun à sa façon. Mais nous devons mettre nos idées, notre potentiel au service de l’humanité, et pas de la société ou de la religion, mais au service de la voix du monde qui vibre en nous, instinctivement. Il faut l’écouter, la laisser s’exprimer et surtout ne jamais abandonner.

J’étais heureuse en sortant de la pièce, pleine d’espoir, d’admiration. J’ai ri, j’ai été en colère et j’ai appris que les Biélorusses savent être très grinçants sur certains sujets tabous.

J’ai admiré le charisme, la précision de l’expression corporelle, le jeu généreux de chaque acteur. Et que de beaux moments émouvants..!

Je me rappellerai longtemps de ce gros juge Russe, mangeant avidement ses cacahuètes alors qu’on brûlait les livres d’un Francysk abattu, au terme d’une parodie de justice…

On peut encore lire et écrire librement, n’oublions pas que des gens se sont battus pour ce droit.

Juliette Pi

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